— Le portrait —
I. — Aix-en-Provence
Inès Vaurelle.
Médium, ancienne archiviste, voyante par mail.
Quarante-et-un ans, Provençale par les pieds. Inès est née à Marseille, a grandi entre Aix et le Lubéron, et n'a jamais quitté la région — sauf pour deux années à Lyon qui ont changé sa vie. Aujourd'hui, depuis sa maison près d'Aix, elle ne fait plus qu'une chose : écrire des lettres de voyance.
II. — Avant la voyance
Vingt ans parmi les manuscrits.
Avant que le don ne s'impose, Inès était archiviste à la bibliothèque Méjanes, à Aix. Pendant deux décennies, elle a manipulé des manuscrits du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècle, lu des correspondances de provençaux oubliés, classé des registres notariés et des journaux intimes.
C'était un métier silencieux — et c'est précisément pour cette raison qu'elle l'aimait. Tout ce qui compte se trouve à voix basse, dans des écritures patientes, dit-elle en regardant ses anciennes étagères. Cette vingtaine d'années a façonné sa manière d'écrire aujourd'hui : avec respect du papier, avec lenteur, avec des phrases qui pèsent ce qu'elles veulent dire.
Quand elle a quitté la Méjanes en 2022, ses collègues lui ont offert un encrier en céramique de Vallauris. Il est posé sur son bureau, à droite de l'Oracle Belline. C'est là qu'elle trempe la plume avant chaque lettre.
III. — Le don
Hérité d'une grand-mère, longtemps tu.
Le don d'Inès vient de sa grand-mère maternelle, Yolande Vaurelle, née à Roussillon en 1918. Yolande lisait les lignes de la main, les marcs de café et — sur le tard — l'Oracle Belline. Elle ne consultait que ses voisines, et ne se présentait pas comme voyante : elle disait simplement qu'elle voyait des choses.
Inès a eu ses premières « visions » à neuf ans, l'été où Yolande est morte. Pendant trente ans, elle a refusé de s'en occuper. Trop ésotérique pour elle, qui aimait la rigueur des archives. Puis, à la fin des années 2010, ses lectures se sont mises à se confirmer trop souvent pour qu'elle puisse continuer à les ignorer.
En 2020, elle a hérité du Belline de sa grand-mère, retrouvé dans un grenier de Roussillon. Les cartes étaient encore là, intactes, et elles m'attendaient, raconte-t-elle. Elle a recommencé à tirer, doucement. Deux ans plus tard, elle quittait la Méjanes.
IV. — La méthode
Le Belline, l'écriture, le silence.
Inès tire à l'Oracle Belline. C'est son outil principal, celui qui lui parle le plus directement. Elle utilise aussi le Tarot de Marseille pour les questions très introspectives — les grandes bascules de vie, les moments de deuil, les recherches de sens.
Sa méthode tient en trois temps simples :
- La lecture. Elle lit votre demande deux fois, en notant les mots qui résonnent. Si quelque chose lui manque, elle vous écrit.
- Le tirage. Bougie allumée, cartes mélangées avec votre prénom et votre date de naissance en tête. Elle tire, elle note, elle laisse poser.
- L'écriture. Une heure de rédaction posée, à la plume, sur papier ivoire. Aucune lettre-type, jamais. Chaque réponse est rédigée pour vous.
Inès ne pratique que par mail. Pas de téléphone, pas de chat, pas de cabinet, pas de salons. Elle a fait ce choix parce qu'elle estime que ses meilleures lectures s'écrivent — pas s'improvisent.
V. — Ce qu'elle ne fait pas
Ni promesses, ni faux espoirs.
Inès ne vous promettra jamais un retour affectif certain. Elle ne vous garantira pas un héritage, un emploi, une rencontre. Elle ne vous écrira pas que vous êtes maudit, que quelqu'un vous a jeté un sort, ou qu'il faut acheter un objet pour briser une malédiction.
Ce qu'elle écrit, c'est ce que le Belline indique : une trajectoire probable, une vigilance, une ouverture, une question à poser à soi-même. Elle reste honnête sur les limites de la voyance — elle éclaire, elle ne décide pas à votre place.
Cette éthique-là tient à son passé d'archiviste : elle a vu trop de manuscrits écrits trop vite, par des plumes trop sûres d'elles. Une lettre se signe, et ce qu'on signe doit être juste.
VI.
«
Je ne fais pas un métier d'oracle, je fais un métier d'écrivain qui voit clair. La différence n'est pas mince.
— Inès
VII. — Le territoire
Une voyance tout à fait provençale.
Inès ne consulte pas physiquement, mais elle reste profondément ancrée dans son territoire. Elle vit dans une ancienne ferme entre Aix et Le Tholonet, écrit le matin face à la Sainte-Victoire, marche l'après-midi entre les oliviers, et tire ses cartes le soir, à la lumière d'une lampe de bureau en cuivre.
Cet environnement n'est pas anecdotique. Sa voyance par mail est lente parce que la Provence l'est ; soignée parce que le calcaire y oblige ; honnête parce que la lumière, ici, ne supporte pas l'à-peu-près.
Si vous lui écrivez, elle vous répond depuis ce coin de campagne. C'est aussi cela qu'elle vous transmet — sans le dire, mais sans pouvoir l'éviter.